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Title

Pour une description terminographique des sciences du langage

Creator

Neveu, Franck

Description

Pour une description terminographique des Sciences du Langage Cette communication traitera de certains problèmes conceptuels et épistémologiques de la terminologie linguistique à la lumière des difficultés rencontrées lors de l'élaboration du Dictionnaire des Sciences du Langage (Armand Colin, 2004), et des solutions retenues.La terminologie linguistique est fréquemment conçue comme une entreprise d'indexation des termes de la (des) science(s) du langage reposant sur une sélection des unités réalisée à partir de postulats conceptuels et épistémologiques. Par cette indexation, il s'agit alors généralement moins de témoigner de l'état d'une discipline que de déclarer ce qu'elle doit être, c'est-à-dire de circonscrire précisément un champ de connaissances à partir d'options méthodologiques.Une telle approche de la terminologie repose sur une conception fortement nomologique de la science, puisqu'elle conçoit celle-ci comme le lieu d'une légalité spécifique. Elle se fonde, Pierre BOURDIEU l'a montré avec précision, sur un principe de vision (elle se représente son développement), mais aussi sur un principe de division, car le champ de connaissances ainsi circonscrit devient un champ exclusif de tout autre.La valeur différentielle de la terminologie (de toute terminologie), appuyée sur une objectivité fortement déclarative, conduit ainsi à opérer un tri des termes en coïncidence avec les représentations du domaine sur lequel elle porte.Le vocabulaire d'une science est pensé, dans cette perspective, comme une prédication de ce que n'est pas cette science, avant de devenir l'outil de ce qu'elle doit être. Les vertus déclarées d'une “bonne terminologie” nous sont bien connues : l'économie (la parcimonie est le garant présumé de l'objectivité), la transparence (les termes requis doivent être univoques, et, lorsque le mot simple y fait obstacle on indexe des termes complexes), la cohérence enfin, c'est-à-dire l'absence de contradictions internes.La terminologie linguistique peut être également conçue, non comme le chemin lexical et conceptuel à tracer de la science du langage, mais plus empiriquement comme son empreinte, reflétant les divers états de son développement à partir de son vocabulaire, c'est-à-dire à partir des pratiques terminographiques effectives. Ces pratiques font apparaître un ensemble de métalangues d'une grande diversité et d'une grande hétérogénéité, diversité et hétérogénéité encore accrues par l'approche historiographique qu'il est nécessaire de ménager sur certaines notions pour les rendre intelligibles et opératoires. Ce complexe terminographique qu'est le vocabulaire de la science du langage permet notamment de comprendre pourquoi la terminologie linguistique n'offre pas les garanties d'économie, de transparence et de cohérence généralement attendues. Dans la mesure où la métalangue suppose une stabilité conceptuelle, elle suppose aussi nécessairement un format commun d'analyse pour généraliser et transmettre les connaissances. Ce format commun ne peut être que celui d'un domaine particulier de la science du langage. Et ce n'est que dans un cadre méthodologique spécifique que l'on peut dans les faits pratiquer une métalangue aussi pauvre que possible, censée garantir l'objectivité scientifique, en limitant l'enrichissement terminologique à la contrainte imposée par les phénomènes théorisés. Il ne peut y avoir en effet dans toute l'étendue du domaine du langage et de son étude de bi-univocité entre le niveau des représentations linguistiques et le niveau des représentations métalinguistiques. Comme l'ont observé de nombreux linguistes, seule une métalangue de calcul et de formalisation permettrait d'accéder à cette position de surplomb de la métalangue à l'égard de ce qui fait l'objet de la linguistique.Les conceptions terminologiques ici défendues ne récusent donc pas les prétentions de la terminologie linguistique à l'objectivité. Elles les tiennent pour des impératifs très éloignés de ce qui constitue l'observatoire direct de la science du langage. Elles récusent en revanche un idéal terminologique qui, par le biais de la métalangue (décrite comme une sorte de sous-système linguistique), exige de la langue d'être ce qu'elle n'est pas, un corps inerte mis au service du concept.Cette communication illustrera ces questions par la comparaison et l'analyse de certaines des entrées du Dictionnaire des Sciences du Langage (2004).